Quelle agriculture bretonne, demain ? Jean Ollivro, professeur à l’université européenne de Bretagne (Rennes2) et à Sciences-Po Rennes, président de l’Institut Bretagne Prospective, vient de faire paraître « Projet Bretagne » dans lequel il développe les lignes directrices de l’avenir breton. Il répond à nos questions sur la place essentielle de l’agriculture. Dans votre livre, Projet Bretagne, vous présentez les activités agricoles comme essentielles pour notre région et plus globalement pour notre pays, pourquoi ? Le secteur agricole est celui qui a connu le bouleversement le plus radical, la puissante modernisation économique s’associant de façon paradoxale et quelque peu tragique à un effondrement du nombre des exploitations. Plus ils se sont modernisés, plus les paysans ont disparu. La Bretagne est devenue une des premières terres agricoles d’Europe et l’industrie agroalimentaire est le premier secteur industriel breton. Que pèse vraiment cette agriculture ? Il existe un décalage entre la vision condescendante qu’ont les autorités publiques vis à vis de l’agriculture et la réalité de son poids économique et de sa place pour l’avenir. Le pouvoir, dans notre pays, est aujourd’hui concentré dans les villes. Il se diffuse petit à petit l’idée que l’économie serait dans les espaces urbains, que le secteur « serviciel » serait la chance de demain. En réalité, pour moi, le pouvoir alimentaire sera peut-être supérieur au pouvoir nucléaire, car la croissance démographique va entraîner une demande alimentaire grandissante .Alors que la France a toujours défendu ses paysans, on a l’impression qu’elle s’en détourne. Pourquoi ? La vision du monde agricole est aujourd’hui trop étroite et l’opposition ville-campagne se durcit. Il est vrai que le modèle d’exploitant agricole est de plus en plus intégré. Le lien social se distend entre l’activité agricole et son environnement, voire se détériore. Pourtant la Bretagne a besoin de son agriculture ou plutôt de ses deux modèles de développement. Le premier est celui d’une économie de proximité, de liens étroits entre producteurs et consommateurs, entre les exploitants agricoles et les bassins de vie. Le second est la continuité de cette production, que je qualifierais de « lourde », d’un réseau d’entreprises agricoles alimentant une industrie agroalimentaire pour un marché mondial. Les « bios » et les « intensifs » devraient cesser, comme parfois, de s’invectiver s’ils ne veulent périr tous les deux, puisque les deux activités sont complémentaires Comment atteindre la performance environnementale dans ces conditions ? Travailler à la « traçabilité » des produits, est facilitée par les nouvelles technologies. La défense de l’environnement doit être partagée par tous les bretons sans opposer la modernité à l’absence de performance. Avoir une vision partagée de la Bretagne de demain, jouer les complémentarités, mobiliser la capacité des bretons à avancer ensemble, autrement dit remettre du sens, dans l’agriculture moteur du développement et richesse pour notre région. Que sera l’agriculture bretonne de demain ? Il faut transformer l’agriculteur « pollueur » en un pilier bâtissant le monde économique de demain. En Allemagne, des éleveurs porcins sont désormais perçus comme des producteurs d’énergie bio et des populations versées dans le télétravail viennent près des élevages pour bénéficier d’une énergie bon marché. , Une nouvelle « révolution » agricole bretonne est à lancer. Le challenge impose en amont, la nécessité de nouvelles solidarités productives pour que le monde industriel les aide à franchir ce cap (afin que l’on n’importe pas des usines coûteuses) ; en aval la diffusion d’éco énergie aux foyers et d’autres partenariats avec les associations environnementales, les collectivités locales, etc… . Recréer les solidarités rurales, réélargir l’assise du « monde paysan », transformer radicalement une activité agricole monolithique, recréer les PME rurales du futur, à savoir des petits technopôles ruraux ultramodernes et aux activités diversifiées (agriculture, énergie, commerce, tourisme, …) Donc moins fragiles. Voilà l’avenir, sans doute le seul. Jean OLLIVRO « Projet Bretagne, Pour une Bretagne belle, prospère, solidaire, ouverte sur le monde » Editions Apogée
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