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Point de vue de Jean Bouet

Le défi de l’agriculture

En 2050, la population mondiale sera passée de 6,6 Milliards d’âmes à 9,2 milliards. La surface de terres cultivables n’aura pas beaucoup changé. Pour nourrir le monde, il faudra avoir doublé la production agricole. Aujourd’hui, les agriculteurs français connaissent une crise des plus sévères. Comment faire ? Pascal POMMEREUL, producteur de lait, apporte un éclairage.
L’agriculture a été la principale activité du marché commun européen qui visait, à travers la politique agricole commune (PAC), à accroître la production, stabiliser les marchés et procurer aux agriculteurs un revenu équitable. L’objectif a été atteint mais la surproduction est apparue dans les années 1980. Par exemple, le lait a été contingenté par les quotas. Des aides directes ont compensé la baisse des prix jusqu’en 2005 ; depuis elles sont forfaitaires.
 
La crise aujourd’hui
 
Les pays développés n’ont plus peur de la famille. La nourriture n’a jamais été aussi peu chère. L’agriculture est performante. En France, la population des zones rurales compte moins de 50 % d’agriculteurs ; 4 millions d’agriculteurs exerçaient en 1960, 600 000 aujourd’hui !
La France a été le grenier de l’Europe à six ; à vingt-sept, les nouveaux venus sont des concurrents qui réclament la mise à niveau des conditions d’exploitation. En même temps, la part de la PAC dans le budget européen était ramenée de 80 % à 40 %. De nouveaux pays plus riches tels certains de l’Asie, déficitaires en aliments, faisaient monter les cours jusqu’en 2007. En 2008, la crise financière a provoqué leur effondrement. De nouveau, la surproduction resurgit avec une perte importante du revenu des agriculteurs.
L’exemple du lait dans la région de Fougères qui compte 1 200 exploitations, est illustratif. Actuellement, le coût de la production d’une tonne de lait est de 350 € alors qu’elle est vendue 280 €. La perte subie est de 15 000 € par exploitation et par an, soit 18 000 000 € pour l’ensemble des exploitations de la région ; autant d’argent qui n’est pas dépensé dans le commerce local. Cette perte globale, lourde pour les agriculteurs, est égale à la suppression de 1 000 emplois locaux.
 
Le défi
 
Comment doubler la production agricole pour nourrir les 9,2 milliards humains futurs ?
Aujourd’hui, deux tendances extrêmes ont cours. D’une part, libéraliser les marchés, supprimer les règlementations et les aides… Cette perspective annonce un total de quelque 20 000 étables intensives sur le territoire français pour 90 000 étables aujourd’hui ; que deviendraient les régions qui ne produiraient plus de lait telle la moyenne montagne ? L’autre tendance table sur une exploitation « à taille humaine » insérée dans le tissu territorial et l’économie locale comme le sont les artisans par exemple ; à la condition d’une agriculture solidaire, d’une politique de soutien et d’un consommateur averti ! De toute façon, un nouveau modèle de production est à inventer dès aujourd’hui.
Jean Bouet