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Communes nouvelles : redonner du pouvoir d’agir

Communes nouvelles : redonner du pouvoir d’agir*

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Initiatives locales

“Il y a deux manières d’être un homme parmi les hommes, disait André  Malraux. La première consiste à cultiver sa différence, la seconde à approfondir sa communion”. Avec 541 fusions, regroupant près de 1800 communes, la mise en place des communes nouvelles marque une évolution majeure du paysage territorial.

A l’échelle d’ un émiettement de désormais 35 360 communes, la décentralisation à la française ne rompt pas avec sa tradition villageoise ; elle ravive néanmoins le souvenir de belles réussites des années 60 et 70. Saint-Malo fêtait récemment le cinquantenaire de son regroupement avec Saint-Servan et Paramé ; personne ne songerait à remettre en cause ce destin commun, facteur d'attractivité pour le pays malouin. Il en est de même de Lamballe, de Lannion ou encore de Quimper pour ne citer
que quelques exemples.

Une “révolution territoriale silencieuse” qui révèle des mouvements de fond

D’abord, elle nous rappelle que le bloc communal est pour nos concitoyens le premier lieu  de la sécurité sociale, au sens littéral de l’expression. A ce titre, regroupement communal et renforce ment de l’intercommunalité sont les deux facettes d’une même dynamique : pour rendre nos territoires attractifs et facteurs de bien-vivre ensemble, disposer d’une capacité d’action suffisante est indispensable. La commune nouvelle est un exemple tout à fait abouti d’alliance de territoires : mettre en commun les problématiques pour les porter à l’agenda politique - y compris dans des assemblées intercommunales récemment reconfigurées, mais  surtout trouver en- semble des solutions aux défis de la quotidienneté, aux enjeux de moyen terme, à la stratégie plus globale du territoire.

Qu’il s’agisse de s’unir entre voisins de même taille ou de s’allier à une commune plus grande, la loi Pélissard offre les conditions d’un contrat de mariage équilibré et d’un respect mutuel. Il semble néanmoins que ce soit plus facile à deux : 55 % des fusions concernent deux communes uniquement, et les “grandes fusions” sont rares.Méconnue dans sa dimension quotidienne, houspillée, ingrate, la fonction d’élu local est un engagement de tous les jours ; pour de nombreux Maires, la difficulté de renouveler les équipes municipales est déclencheur d’une prise de conscience quant à la fragilité de notre démocratie locale. Ce que démontre le mouvement de fusions, c’est néanmoins la capacité des élus et des territoires à inventer eux-mêmes les configurations les plus adaptées à leurs propres enjeux. Dans un système politique peu propice à la différenciation territoriale, la réussite des communes nouvelles démontre que la confiance est le premier levier de transformation de nos institutions.

Autour des nouveau x périmètres communaux, de nouveaux projets de territoires s’inventent, de nouveaux projets d’administration, de nouvelles démarches participa tives. Gageons qu’ils soient également un levier de ré-enchantement démocratique.

 

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Gwenaël Leblong-Masclet
Gwenaël Leblong-Masclet, administrateur territorial (ancien DGS de Sciences Po Rennes, chaire TMAP
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*Le présent articl  e s’ i n  s c ritdans la continuité d’uneinterview croisée, réalisée dans le cadre de la chaireTerritoires et mutationsde l’action publique deSciences Po Rennespour la revue françaised’action publique.

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