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“Être élu, c’est aimer les gens !”

“Être élu, c’est aimer les gens !”

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Initiatives locales

À 15 mois des élections municipales, Mickaël Chevalier, maire de Plumaugat (22) et vice-président de Dinan Agglomération, nous a livré, sans concession, le regard qu’il porte sur son parcours d’élu local. Témoignage.

Quelle est votre fonction aujourd’hui ?
Conseiller municipal à 26 ans, maire à 33 ans, on s’implique, on s’investit et naturellement on vous confie des postes à responsabilité. C’est une fierté personnelle mais c’est aussi une sacré charge. Être élu c’est aimer les gens, être fier de soi et donner aux autres. Il faut avoir le sens de l’intérêt commun, être conscient du temps long des projets, sur plusieurs mandats. Je suis depuis cinq ans en disponibilité : mes fonctions au sein de ma commune, de l’intercommunalité et depuis trois ans et demi au sein du Conseil départemental n’étaient plus compatibles avec mon activité de salarié. Vis à- vis de mon employeur et de mes collègues, je n’étais pas toujours à l’aise pour justifier des absences pour des réunions en journée. Sans plan de carrière, j’ai petit à petit basculé dans la fonction d’élu local à plein temps : maire, conseiller départemental et vice-président de l’agglomération de Dinan, j’ai pris conscience de l’investissement nécessaire pour maîtriser les dossiers. Les indemnités d’élu.e.s ont compensé ma perte de salaire. Il est évident qu’en tant qu’élu, je ne peux pas à la fois donner du temps à la collectivité avec un contrat court d’élu et perdre financièrement.

Quelle articulation avec la vie professionnelle et familiale ?
J’assume complètement mon choix, mais j’espère juste que je ne suis pas trop éloigné des réalités quotidiennes des gens. En tant que maire j’ai l’impression que les habitants et mes collègues conseillers municipaux m’alertent régulièrement sur cette réalité du “terrain”. Petit bémol, je m’éloigne de jour en jour de mon activité professionnelle, j’ai vraiment décroché, je me pose régulièrement la question de mon avenir. A chaque élection, on remet son avenir sur la table : je vais avoir 46 ans en 2020. Si je repars et que je suis réélu j’aurai 52 ans en 2026. Je n’ai pas d’illusion sur la réalité du marché du travail, à cet âge c’est compliqué de se reconvertir. J’arrive à me préserver des temps pour la vie de famille, par contre il ne faut pas se le cacher, le cercle d’amis diminue. Élu.e local.e c’est un métier à plein temps, week-end compris.

Quelle est votre vision de la commune dans dix ans ?
Des projets, j’en ai plein mon bureau ! En tant qu’élu nous devons faire des choix, arbitrer. A mon avis, la commune doit rester l’échelon de proximité, il faut lui laisser des compétences qui se gèrent au plus près de la population. L’intercommunalité doit rester un outil au service des communes. Quand une compétence bénéficie à tous, pas de problème : c’est le cas de l’économie, du tourisme, de l’aménagement. Je suis plus réservé sur le transfert des compétences eau et assainissement. En aucun cas nous ne devons créer de superstructures qui fassent perdre en efficacité et en proximité. Les services à la population autour de l’enfance jeunesse doivent être gérés à l’échelle de quelques communes mais pas de 64 communes. Par contre, nous avons besoin de documents cadres qui défendent au niveau du territoire la consommation minimum de foncier, la densification des centre-bourgs et tout ce qui pourra booster le commerce local et l’économie locale. L’avenir, c’est mutualiser les achats. Pour la compétence voirie par exemple, mutualiser les marchés pour des réfections de route est une évidence : acheter mieux et pour moins cher. Par contre créer un service qui va gérer l’ensemble de la voirie en régie, je suis plus sceptique : nous avons localement des entreprises qui peuvent le faire. Je défends l’idée de “faire territoire, plus que de faire communauté”, créer des outils commun pour faire avancer nos communes, mais en gardant nos spécificités.
 

Comment voyez-vous les élus de 2020 ?
Une des questions centrales pour moi est : “Comment garder des conseillers municipaux intéressés aux questions intercommunales ? ” Collectivement nous ne sommes pas bons, nous proposons de l’information descendante. On assiste logiquement à une désertion des commissions intercommunales. Il faudra en 2020 faire de la pédagogie, innover dans nos manières de faire ! A mon avis, plusieurs enjeux existent pour les mandats à venir :
- la question de la bonne échelle de l’intercommunalité et son articulation avec la commune est essentielle.
- Le rythme sur le débit de l’information et la numérisation : les habitants sont exigeants sur les réponses apportées, nous ne savons toujours pas comment les valoriser et communiquer sur l’action publique. Il est aussi compliqué pour les élu.e.s de ma génération de se passer de papier. Il s’agit d’une véritable révolution pour les élu.e.s et les technicien.nes.
- Le troisième enjeu sera de mieux associer la population aux décisions. “Inviter la population” pour l’informer d’une décision ou d’une démarche en cours me semble la meilleure façon de procéder pour notre démocratie. Je suis attaché à la démocratie représentative, je considère que les élu.e.s sont élu.e.s pour six ans, ils portent la responsabilité de la décision.
C’est un peu un leurre de faire croire à la population qu’elle pourrait décider sur tout.

Propos recueillis par Jérôme Guesdon
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Mickaël Chevalier, maire de Plumaugat et vice-président de Dinan Agglomération (22)
Mickaël Chevalier, maire de Plumaugat et vice-président de Dinan Agglomération (22)
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Mairie de Plumaugat
1 place de l’Église
22 250 Plumaugat
Tél. 02 96 83 12 31
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