Illustration
itw hervé letort

"L’élu.e est un adjuvant"

Catégories
Initiatives locales

En 2008, la liste conduite par Hervé Letort à Saint-Erblon (35) avait unanimement décrété qu’elle ne briguerait que deux mandats. Nous lui avons demandé ce qui les avait conduits à faire ce choix. Avant de répondre, il tenait a nous donner son point de vue sur l’engagement de l’élu.e et du citoyen et sur les moyens dont disposent un maire et son conseil pour évaluer leurs actions. Rencontre.
 

Comment l’élu.e peut-il évaluer les actions engagées lors du mandat ?
Quand on conçoit un projet, on doit aussi concevoir son évaluation quantifiable. Nous avons intégré cette nécessité avant même notre candidature en 2008. Nous avons, par exemple,  fait procéder à une expertise sur la richesse  floristique et faunistique  associant la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et les aménageurs. Celle-ci a fait l’objet d’un diagnostic de base permettant de dégager des voies d’améliorations. L’intention était de transformer un paysage rural en paysage urbain qui procurerait plus de richesse et de biodiversité. Nous considérions qu’il s’agissait d’une plus-value permettant d’accueillir avec plus d’aménités. Il faut toujours manifester une volonté de progrès.
 

Comment impliquer la population dans cette logique d’évaluation ? Est-ce que c’est possible, facile ?
C’est très difficile parce que les élu.e.s sont sur des temps qui sont très longs alors que la population est souvent dans l’immédiateté. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous étions dit que 12 ans étaient nécessaires pour réaliser notre programme. Dès 2008 des études ont provoqué des réactions de la population qui ne comprenait pas toujours leur utilité, car ce travail préalable reste inaperçu. Il y a parfois un doute quant aux tests qui sont considérés comme une solution déjà entérinée et définitive. Le citoyen a beaucoup de mal à imaginer la traduction de l’intuition en projet. Ceci induit des peurs face aux changements. Nous avons donc décidé de travailler sur plusieurs scénarios. Pour certains, nous étions en capacité de faire des tests en cours de projet. C’est ce qui a été fait pour le carrefour de l’église avec la difficulté d’organiser une centralité et un nouveau plan de circulation.
 

Quel a été le constat établi entre les deux mandats ?
Il y a des étapes intermédiaires entre la maîtrise foncière et les aménagements qui engagent les finances publiques. Au terme du 1er mandat, nous avions la maîtrise foncière, le projet était complètement dessiné d'un point de vue urbanistique, économique et paysager. Il restait à le concrétiser sur le 2ème mandat. Nous avons procédé de la même manière pour la restructuration du pôle éducatif en conduisant la réflexion avec un représentant de l’éducation nationale, une architecte québécoise, une sociologue et les citoyens.
 

Comment s’adapter aux résistances citoyennes ?
Lorsque les tests ne sont pas satisfaisants, on retravaille les scénarios de départ. Nous avons mis en place un Processus de Conception Intégrée (PCI). Il n’y avait pas de cahier des charges. On réunit toutes les compétences du cabinet d’architecte, de l’économiste, du  thermicien…Les élu.e.s fixent l’enveloppe et l’intention générale. On demande ensuite au groupe d’acteurs-citoyens de participer à l’élaboration. Il y a un temps d’acculturation nécessaire pour aligner les compétences. Ensuite le projet s’écrit avec les experts et le citoyen. En 2 ou 3 mois nous constatons une efficacité redoutable. Grace à cela, la réalisation ne nécessitera aucun avenant. L’élu.e doit parfois se dégager de toute conviction personnelle pour défendre l’intérêt collectif et l’aménagement du territoire. C’est ce que nous avons fait lorsque nous avons dû nous prononcer sur l’accueil d’un collège privé.
 

Comment l’administré prend-t-il sa place sur l’évaluation des actions locales ?
L’élu.e évalue tout le temps. La vie d’une collectivité n’est pas un cake en tranche, c’est un continuum. Mais l’objectivation du citoyen est beaucoup plus difficile et subjective, car elle s’exprime par rapport à un ressenti immédiat. Il faut des convictions fortes et faire de la pédagogie, de l’argumentation pour mener à bien une action.
 

Que pensez-vous des budgets participatifs ?
Je crains qu’ils puissent être des gadgets pour justifier de la participation citoyenne. Cela concerne souvent des micro-projets qui intéressent une micro société. On fait une addition de petits projets, plus ou moins individuels, qui ne font pas un projet collectif.  Je crois plus dans un projet collectif pour lequel nous sollicitons le citoyen, qui enclenche un mouvement associatif ascendant. L’élu.e est un adjuvant.
 

A-t-il fallu convaincre les élu.e.s, en 2008, que votre action se déroulerait sur deux mandats ?
Un maire, c’est l’animateur et la voix. En 2008, nous avions pris un engagement collectif de 12 ans, car tout le monde a compris qu’en 6 ans on ne ferait rien. Il fallait d’abord lancer le mouvement. En janvier 2019, j’ai rappelé cet engagement et je crois que tout le monde a été soulagé que je confirme cette option.
 

Personne n’a eu regret de confirmer cette position et de ne pas reprendre le flambeau ?
Nous étions en mode commando générant de l’usure et affectant la vie personnelle. Suite à notre appel citoyen, certains ont décidé finalement d’emboiter le pas. On se tient à disposition mais on ne va pas s’immiscer, ni adouber.


Vous avez voulu provoquer une réaction citoyenne en vous positionnant sur 2 mandats : est-ce que votre choix peut être une méthode de mobilisation démocratique efficace ?
Les personnes qui étaient dans la sphère de concertation pouvaient être potentiellement candidates, mais elles ont certainement trouvé la place qui leur convenait dans ces engagements. Cela a été probablement une erreur d’appréciation de ma part. Notre engagement explicable comme celui d’une génération spontanée, se situait sans doute dans un contexte qui n’est pas forcément reproductible.
 

Qu’est ce qui explique la réaction tardive ?
Peut être y a t-il eu une crainte de gérer des problèmes locaux collectifs et personnels. Pourtant il existe des bases établies : un Plan pluriannuel d’investissement (PPI) construit sur 4 ans et équilibré financièrement. Un certain nombre de projets qui sont lancés et qui peuvent jalonner les 3 prochaines années et qu’il faut prolonger, amender, infléchir. Nous avions une petite collectivité qui n’était pas administrativement consolidée. Certains manques ont été compensés par la mise en place, par les élue.s, d’outils qui ont été pérennisés par les services, assurant ainsi la continuité.



Propos recueillis par Armel Tregouët
Contact
Photo
Hervé Letort, ancien maire de Saint-Erblon (35)
Hervé Letort, ancien maire de Saint-Erblon (35)
Adresse
Mairie de Saint-Erblon
1 place des Droits de l'Homme
35230 Saint-Erblon
Tél.02 99 52 34 08
Voir toutes nos actualités...